Du temps de la forteresse de la Bastille

Quelle est l’histoire de cette fameuse forteresse de la Bastille dont la prise, en 1789, a tant marqué l’histoire française ? Quand et pourquoi l’a-t-on construite ? N’a-t-elle été qu’une prison ? 

Colonne de Juillet, années 1930 © Émeric Feher / Centre des monuments nationaux

UN ÉDIFICE AUX PORTES DE PARIS

Le quartier de la Bastille n’a pas toujours été au cœur de Paris. Au milieu du Moyen-Âge, cette zone se trouve en dehors des murs de la ville. L’enceinte de Paris, édifiée par Philippe-Auguste autour de l’an 1200, passe alors 500 mètres plus loin, au niveau de l’actuel métro Saint-Paul. 

 

Un siècle et demi plus tard, Paris déborde de ses murs, rendant cette muraille inefficace contre les menaces. Alors que la guerre de Cent Ans fait rage, il est urgent de protéger la capitale des Anglais. En 1365, le roi Charles V se lance dans la construction d’une nouvelle enceinte : le chantier est achevé 65 ans plus tard, en 1420.

 

Carte établie par Michel Huard, site paris-atlas-historique.fr

Planche extraite du second volume des "Excursions daguerriennes" de N. P. Lerebours, Goupil & Webert, H. Bossange, Paris, 1841 © Patrick Cadet / Centre des monuments nationaux

Un intérêt stratégique majeur

Cette nouvelle fortification est percée de six portes, qui permettent d’entrer et de sortir de la ville. Elles forment autant de points faibles dans le dispositif de défense. À l’est, le seul point de passage entre la Seine et le quartier du Temple est la porte Saint-Antoine. De cette porte part la route qui mène à Vincennes, où le roi possède un château, dont le donjon, notamment, subsiste encore.

  

La route vers Vincennes est d’un intérêt stratégique majeur pour le roi : il est donc nécessaire de protéger la porte Saint-Antoine. Un autre chantier de taille s’ouvre par conséquent dès 1356 : celui de la forteresse qui porte d’abord le nom de Bastille-Saint-Antoine. En 1369, l’enceinte de Charles V, dont le chantier est bien entamé, vient entourer la Bastille, qui se trouve donc englobée dans les murs de la ville. 

 


La Bastille et la Porte Saint-Antoine. Extrait du plan de Paris de 1550 (Truschet et Hoyau). Source : UBVU

Par son emplacement, la forteresse contrôle et protège la porte Saint Antoine des menaces extérieures… mais pas uniquement : elle peut aussi, en cas de révolte, protéger le roi contre son peuple. De son hôtel Saint-Pol, situé non loin, le souverain peut facilement gagner la Bastille. Une fois en sécurité dans la forteresse, le roi peut poursuivre sa retraite vers Vincennes : les canons de Bastille tiendraient à distance des insurgés. 

 

Avec ses huit tours et ses larges fossés, alimentés par l’eau de la Seine, la Bastille domine la ville. Caserne, arsenal et même dépôt du trésor royal, la forteresse joue plusieurs rôles. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, elle n’est pas totalement imprenable.

Pour preuve, au cours de son histoire, elle est prise une dizaine de fois, tantôt par la foule (en 1413, 1418, 1589), tantôt par des troupes militaires (en 1436, 1591, 1594, etc.). 

Paris, colonne de Juillet, 1968 © Jean Feuillie / Centre des monuments nationaux

De la forteresse défensive à la prison de la Bastille

En 1670, Louis XIV ordonne la destruction des murs d’enceinte de la capitale : Paris est désormais une ville ouverte. À la place des remparts se déploient désormais de larges boulevards. Les portes fortifiées sont transformées et présentent désormais l’aspect de portes triomphales à l’antique. 

 

Dans ce contexte, le rôle militaire de la forteresse de la Bastille décline, bien qu’elle jouxte les quartiers les plus agités de la capitale. À l’époque, et depuis quelques années déjà, elle fait office de prison d’État. Richelieu avait commencé à y placer des prisonniers arrêtés sur lettre de cachet, c’est-à-dire sur décision royale sans passer devant la justice. 

 

Si certains détenus ont marqué l’histoire, comme Sade, Voltaire ou le mystérieux masque de fer, incarcérés pour « faits de lettres » ou « atteinte à la sûreté de l’État », la plupart des détenus sont enfermés là pour étouffer des affaires de famille. On embastille volontiers, avec l’accord du roi, un fils volage, dépensier ou désobéissant. Cet usage a perduré pendant plus d’un siècle. 

Vue perspective de la porte St Antoine et de la Bastille. Source : Gallica.

Une destruction programmée

Imposante, la Bastille est très onéreuse à entretenir et ce budget pèse sur les caisses royales. Afin de réaliser des économies, Louis XVI a pour projet de démolir la vieille forteresse, mais la Révolution ne lui en laisse pas le temps... 

 

> Découvrez la suite de l'histoire de la place de la Bastille.

 

Jacques Rigaud, Vue de la Bastille de Paris, de la Porte St Antoine, et d'une partie du Faubourg, 1720. Source : Gallica.