Histoire

article | Temps de Lecture5 min

Histoire de la Colonne de Juillet

Génie de la liberté

Depuis plus de 175 ans, la colonne de Juillet domine de sa haute silhouette la place de la Bastille. Mais connaissez-vous son histoire et les événements qu’elle commémore ?

Juillet 1830, une révolution méconnue

Tout commence en 1830 : le roi Charles X (frère de Louis XVI et de Louis XVIII, auquel il a succédé) est au pouvoir depuis six ans. Lui qui a, au début de son règne, pris quelques mesures libérales comme l’abolition de la censure des journaux, tente progressivement de revenir à une royauté plus conservatrice. Il décide la modification du système électoral et la suppression de la liberté de la presse, deux mesures qui le rendent impopulaire. 

Les Parisiens se soulèvent et élèvent des barricades dans la capitale : ce sont les Trois Glorieuses (27, 28, 29 juillet 1830) ou Révolution de Juillet, que Delacroix immortalise quelques semaines plus tard dans un tableau célèbre, La Liberté guidant le peuple

Cette Révolution n’aboutit cependant pas à la mise en place d’une république, mais d’une monarchie constitutionnelle, la Monarchie de Juillet. Louis-Philippe, le duc d’Orléans, s’installe sur le trône sous le titre de Roi des Français

Eugène Delacroix, Le 28 juillet 1830 : la Liberté guidant le peuple, 1830.
Eugène Delacroix, Le 28 juillet 1830 : la Liberté guidant le peuple, 1830.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) - Hervé Lewandowski

Un monument pour les morts de la révolution de Juillet

Louis-Philippe veut rendre hommage à ceux qui ont combattu pour cette Révolution qui l’a amené au pouvoir. En décembre 1830, il décide d’ériger un monument commémoratif place de la Bastille, à l’emplacement prévu par Napoléon pour son éléphant. 

La première pierre de la colonne de Juillet est posée en juillet 1831 à l’occasion du premier anniversaire de la Révolution. Alavoine, l’ingénieur qui a conçu l’éléphant de Napoléon, est chargé de mener ce nouveau projet. Par souci d’économie, on conserve de la fontaine antérieure les fondations et les structures basses, sur lesquelles prend appui la colonne. 

Le 28 juillet 1840, aux accords d’une symphonie “funèbre et triomphale” de Berlioz écrite pour l’événement, les corps des 504 morts de la Révolution de 1830 sont transférés dans le caveau de la colonne. Ce monument commémoratif est aussi une nécropole ! Le nom de chacun des défunts est gravé sur le fût de la colonne

Le souvenir de 1830 s’agrège à celui de 1789 et de la prise de la Bastille dans la mémoire collective. 

Monument modèle élevé sur la place de la Bastille
Monument modèle élevé sur la place de la Bastiele [sic] aux Braves morts en Juillet 1830 pour la Liberté, 1831.

© Bibliothèque nationale de France

Une autre révolution, février 1848

Érigée pour commémorer la Révolution qui porte Louis-Philippe au pouvoir, la colonne de Juillet sert quelques années plus tard à célébrer sa chute. Tout au long de la Monarchie de Juillet, des révoltes éclatent : dans cette monarchie constitutionnelle, seuls 10% des hommes, les plus fortunés, ont le droit de vote. 

En février 1848, Paris se soulève une nouvelle fois et Louis-Philippe est contraint de fuir. Son trône, saisi au palais des Tuileries, est porté jusqu’à la place de la Bastille pour être brûlé au pied de la colonne. 

Ces événements ont pour conséquence la mise en place de la Deuxième République. Le nouveau pouvoir ordonne le transfert des 196 corps des morts de la Révolution de février 1848 dans un second caveau de la colonne de Juillet. Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, établit la continuité symbolique du monument : "En 1789, à cette place, on prenait la Bastille ; en 1830, on nous donnait la colonne de la Liberté ; aujourd’hui nous avons fondé la République. Voilà la gradation."

Construite à l’emplacement de la forteresse de la Bastille, la colonne de Juillet commémore donc les deux Révolutions qui encadrent le règne de Louis Philippe : celle de Juillet 1830 et celle de Février 1848. Une mémoire qui s’est progressivement effacée face à la prégnance du souvenir de la prise de la Bastille, dont la date, le 14 Juillet, est décrétée fête nationale en 1880. 

Le Trône brûlé à la Colonne de Juillet 24 février
Le Trône brûlé à la Colonne de Juillet 24 février

© Bibliothèque nationale de France