L’éléphant de Napoléon

Un éléphant de bronze au centre de la place de la Bastille ?! C’est pourtant un monument que les Parisiens auraient pu admirer au quotidien si Napoléon Ier avait eu le temps de mettre à exécution ses projets pour la place. 

La place de la Bastille est, pour les régimes qui succèdent à la Révolution, un lieu difficile à investir, tant il est associé à la mémoire des événements de 1789. Lorsqu’il accède au pouvoir, Napoléon Ier a de grands projets pour la capitale, et notamment pour l’aménagement de ses places. A l’emplacement de la forteresse démolie, il envisage dans un premier temps d’ériger un arc de triomphe similaire à celui qu’il destine à la place de l’Étoile. 

 

Arc de triomphe de l'Etoile à Paris, Feuille du "Manuscrit et description graphique de l'Arc de triomphe de l'Etoile" de Jules-Denis Thierry © Reproduction Philippe Berthé / CMN

 

En 1806, cependant, le projet est totalement revu : plutôt qu’un arc de triomphe, la place de la Bastille accueillera une fontaine. Il s’agit par là de valoriser le canal Saint-Martin, dont l’empereur a décidé la construction quelques années auparavant et dont l’apport en eau profite aux Parisiens. 

 

A la demande de Napoléon Ier, cette fontaine doit prendre la forme d’un gigantesque éléphant. Ce projet reflète les goûts exotiques de l'époque. L’animal, richement paré, doit également évoquer les gloires militaires de l’antiquitéainsi que les figures d’Alexandre et d’Hannibal : une manière de célébrer le pouvoir impérial et ses victoires. Mais la figure de l’éléphant est aussi le symbole de la puissance du peuple

 

Alavoine, Projet de la fontaine monumentale surmontée d'un éléphant, aquarelle, XIXe siècle, Musée du Louvre. Source : RMN Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michèle Bellot. 

 

L’ingénieur Alavoine est chargé du projet. Si elle séduit l’empereur, la figure de l’éléphant est loin de susciter l’adhésion de son entourage. Pour juger de l’effet, Vivant Denon commande en 1810 une maquette en plâtre et à échelle d’exécution de l’éléphant. Celle-ci est installée au centre de la place pour juger de l’effet de la future fontaine. La version définitive de l’éléphant, quant à elle, doit être fondue dans le bronze des canons pris à l’ennemi

 

La chute de l’Empire suspend les travaux, alors que seuls les fondations et le socle de la fontaine sont achevés. La décision de Louis-Philippe d’élever à cet emplacement la colonne de Juillet condamne l’éléphant. La maquette en plâtre, très dégradée reste encore une quinzaine d’années au débouché de la rue de Lyon et du Boulevard de la Bastille, avant que sa destruction ne soit décidée en 1846. Entre temps, Victor Hugo, en y situant le refuge de Gavroche dans son roman Les Misérables inscrit définitivement ce pachyderme de plâtre dans la mémoire collective. 

 

> Découvrez comment est né le projet de la Colonne de Juillet.

 

Paris, colonne de Juillet, 1968 © Jean Feuillie / Centre des monuments nationaux